Lunettes connectées : un accessoire qui accroît les risques d’atteinte à la vie privée
Elles ont la tête d'une Ray-Ban, le prix d'une bonne monture — à partir de 300 euros — et deux caméras dissimulées dans la monture.

Présentes sur le marché depuis 2022, comme le rappelle La Nouvelle République, les lunettes connectées type Ray-Ban Meta se sont glissées en boutique, chez l'opticien comme ailleurs, et sept millions de paires ont été achetées dans le monde en 2025. Sur mon établi, le détail qui change tout, c'est ce minuscule voyant rouge censé signaler la capture — à peine identifiable en pleine lumière, précise le même article.
Le piège du design "passe-partout"
Les Ray-Ban Meta de deuxième génération reprennent les codes d'une monture classique. Mais en ouvrant la branche, on découvre deux objectifs logés dans l'épaisseur et un système d'IA capable de déclencher micro et photo à l'insu de l'entourage. Tout est fait pour que personne ne remarque rien. Voilà ce qui me dérange: on nous vend de la discrétion comme un argument de style, alors que c'est un problème de respect élémentaire.
Harcèlement et droit à l'image
Le Progrès relaie l'alerte d'une association après plusieurs cas de femmes visées via ces lunettes et les réseaux sociaux. Le droit à l'image n'est plus un débat théorique: sans témoin lumineux lisible, impossible de savoir quand la caméra tourne. Et pendant ce temps, les opticiens — moi le premier — posent ces modèles en vitrine comme un accessoire lifestyle parmi d'autres. Le métier s'accommode mal de cette normalité.
La voie française: la donnée sportive, pas la caméra
Clubic présente une autre approche avec les engo3 Cyclist du grenoblois Engo. Ici, rien de dissimulé: vitesse, fréquence cardiaque, puissance et alertes radar s'affichent sur le verre, à condition d'avoir un compteur Garmin compatible (Edge 530, Edge Explore, Fenix 7, Fenix 8, Forerunner 965) et un radar Varia vendu séparément. La monture s'élargit de 3 mm et grandit de 2 mm par rapport aux engo3 classiques, avec des branches revues pour le casque et plus de 20 heures d'autonomie — contre 12 heures sur les engo2. À 350 euros, ou 400 avec verres photochromiques, on a affaire à un outil de cycliste, pas à un mouchard de poche. Les Oakley Meta Vanguard, à 550 euros, prennent le parti inverse — caméra et informations vocales — et s'adressent clairement à un autre usage.
Ce que je surveille en boutique
Trois points que je note, le nez sur la monture. Le témoin d'enregistrement, minuscule point rouge, ne protège personne — ni celui qui porte, ni celui qui passe. Normaliser ces modèles en boutique, c'est en valider l'usage, pas seulement les vendre. Et les engo3 Cyclist n'ont vraiment d'intérêt que pour un cycliste déjà équipé Garmin; sans compteur ni radar compatibles, le budget grimpe sec avec les accessoires à ajouter.