Pourquoi le besoin en lunettes explose chez les Français depuis vingt ans
Selon le reportage de TF1 Info diffusé début septembre, près de sept Français sur dix portent aujourd'hui des lunettes de vue.

Sur mon établi, les commandes s'empilent et je vois bien pourquoi. Selon le reportage de TF1 Info diffusé début septembre, près de sept Français sur dix portent aujourd'hui des lunettes de vue. Le sujet cite les chiffres de la profession — 16 millions de paires prescrites en 2025 contre 12 millions en 2014 — et donne la parole à des ophtalmologues qui confirment ce que je constate depuis vingt ans derrière ma machine à polir.
Des verres plus exigeants, des visages plus compliqués à équiper
L'ophtalmologue Esther Blumen-Ohana, interrogée par TF1, résume le mouvement sans détour: on corrige aujourd'hui des défauts qu'on ne corrigeait pas il y a vingt ans. Myopie des plus jeunes, presbytie d'une population vieillissante, exigence visuelle qui grimpe — tout se cumule. Résultat concret dans mon atelier: des écarts de correction plus marqués, des nez fins qui refusent les plaquettes standards, des branches trop ouvertes sur des têtes larges. Le client revient au bout de trois mois avec une paire qui ne tient plus, et c'est là que commence le vrai métier.
Deux logiques qui se croisent en boutique
La hausse du volume n'a pas le même goût des deux côtés du comptoir. Chez les indépendants comme Edgard Opticiens — dont le cofondateur Jean-François Porte rappelle qu'on ne vient pas « pour une lubie » mais pour un besoin visuel — la croissance tourne autour de 10 à 15 % par an, dopée par le suivi et l'ajustement. À l'autre bout, le modèle Lunettes pour tous assume une autre cadence: 500 paires fabriquées par jour dans un seul magasin, montures venues de Chine, pas d'intermédiaire. Le fondateur Paul Morlet le dit clairement dans le reportage — vendre 500 paires contre deux chez un concurrent permet de casser les prix par le bas. Les deux modèles se marchent dessus, mais ne livrent pas la même paire.
Ce que je surveille au tour de meule
Le reportage donne aussi les chiffres de l'armature commerciale: 13 000 boutiques en France en 2025 contre 11 000 en 2015, soit +18,5 %. La plateforme logistique d'Atol à Beaune expédie aujourd'hui 3 500 montures par départ, plus du double d'il y a vingt ans, d'après son directeur logistique Sylvain Conry. De quoi absorber la montée en volume, sur le papier. Reste l'écart entre la monture livrée en carton et celle qui survit à un été de transpiration: le rhabillage des tenons, le réglage des branches, l'ajustement du pont — tout ce qui ne se voit pas sur une étiquette. Côté accès aux soins enfin, le reportage rappelle que les délais pour décrocher un rendez-vous ophtalmologique vont de cinq jours à cinq mois selon le département. À garder en tête avant de promettre une livraison express à un client sans ordonnance à jour: sans examen, pas de verre fiable, et la monture, même la mieux rhabillée, ne rattrapera jamais une correction obsolète.